L’immigration occupe une place de plus en plus importante dans le débat politique européen sur le vieillissement, les pénuries de main-d’œuvre et la viabilité des systèmes de protection sociale. Les pénuries de main-d’œuvre dans l’UE se sont atténuées par rapport à leur pic post-pandémique, mais les pressions démographiques restent une préoccupation centrale pour de nombreuses économies européennes (Van Herck et al. 2026). La migration ne peut compenser que partiellement le vieillissement de la population, et les flux d’immigration nécessaires pour stabiliser les ratios de la population en âge de travailler seraient très importants dans de nombreux pays (García Guzmán et al. 2025). Les flux d’immigration récents peuvent également avoir des effets macroéconomiques plus larges, selon la rapidité avec laquelle les nouveaux arrivants accèdent à l’emploi et la capacité des services publics à s’adapter à la croissance démographique (Caselli et al. 2024).
Ces débats se concentrent souvent sur l’ampleur de la migration. Pourtant, les implications économiques de la migration dépendent au moins autant de l’intégration. Si les migrants accèdent à l’emploi, utilisent efficacement leurs compétences et évoluent vers de meilleurs emplois au fil du temps, la migration peut soutenir l’offre de main-d’œuvre, la productivité et les finances publiques. S’ils restent sans emploi ou concentrés dans des emplois peu rémunérés pour lesquels ils sont surqualifiés (Dalmonte et Frattini 2024), les gains économiques sont moindres et les tensions sociales plus importantes.
Dans un nouveau rapport (Frattini et Bouchlaghem 2026), nous utilisons les microdonnées de l’Enquête européenne sur les forces de travail pour analyser l’intégration économique des immigrants (définis comme nés à l’étranger) en Europe en 2024 et son évolution au cours de la décennie 2015-2024. Nos résultats suggèrent une conclusion relativement simple. Les migrants sont devenus une composante structurelle des sociétés européennes, et leur niveau d’éducation ainsi que leurs résultats sur le marché du travail se sont améliorés au cours de la dernière décennie en termes absolus. Cependant, la convergence avec les autochtones a été limitée et inégale. L’écart global en matière d’emploi a peu évolué, tandis que les différences de qualité des emplois restent importantes. La composition de la population née à l’étranger joue ici un rôle important : depuis 2015, la part des migrants non ressortissants de l’UE a considérablement augmenté, et ceux-ci sont confrontés à des écarts sur le marché du travail nettement plus importants que les migrants nés dans l’UE ; ainsi, un écart global stable peut masquer les progrès réalisés au sein de groupes spécifiques.
La migration est devenue structurelle
En 2024, les immigrants représentaient environ 13 % de la population de l’UE-27. Dans les pays de l’UE-14, où vivent la plupart des immigrants, la part de la population née à l’étranger est passée de 12,1 % en 2015 à 15,5 % en 2024, ce qui correspond à plus de 12 millions de résidents supplémentaires nés à l’étranger. Cela signifie qu’environ un résident sur six dans ces pays est né à l’étranger.
Cette évolution n’a pas été uniforme d’un pays à l’autre. Malte et Chypre ont connu des augmentations très importantes de leur part de migrants. L’Irlande, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande ont également enregistré une croissance considérable. En revanche, la part de migrants n’a que très peu évolué en France, en Italie et au Danemark, est restée globalement stable en Grèce et a légèrement diminué en Lettonie et en Lituanie (voir figure 1).
Figure 1 Part des migrants en 2015 et 2024 dans les pays européens
Cette hétérogénéité entre les pays est importante. Elle montre qu’il n’existe pas d’expérience unique de la migration en Europe. Dans certains pays, l’immigration a rapidement remodelé la structure démographique. Dans d’autres, le changement a été plus progressif. Mais la tendance générale est claire : sur la plupart des marchés du travail d’Europe occidentale, les immigrés ne constituent plus un groupe marginal. Ils représentent une part permanente et importante de la main-d’œuvre.
Progrès absolus, convergence limitée
La décennie 2015-2024 a été marquée par des changements majeurs sur l’ensemble du marché du travail. L’emploi a fortement augmenté dans de nombreux pays européens, en particulier après la reprise post-pandémique. Les structures professionnelles ont également évolué, avec un déclin progressif des emplois peu qualifiés et une expansion des emplois hautement qualifiés.
Les migrants ont participé à cette transformation. Leur niveau d’éducation s’est amélioré : dans les pays de l’UE-14, la part des migrants ayant suivi des études supérieures est passée d’environ 26 % en 2015 à près de 32 % en 2024, et leur probabilité d’emploi a également augmenté. Dans le même temps, la part des migrants occupant des emplois hautement qualifiés est passée d’environ 29 % à 34 %, tandis que la part de ceux occupant des emplois élémentaires a diminué (21,5 % contre 18,5 %). Ces changements indiquent que l’intégration des immigrants n’est pas au point mort. En termes absolus, les migrants sont plus diplômés, plus susceptibles de travailler et plus susceptibles d’occuper des emplois hautement qualifiés qu’il y a dix ans. Cependant, les autochtones ont également progressé, souvent dans une mesure équivalente, voire supérieure. Dans les pays de l’UE-14, la part des autochtones titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur est passée d’environ 30 % à 38 %. L’emploi des autochtones a augmenté de plus de six points de pourcentage. L’emploi hautement qualifié s’est également développé chez les autochtones, passant d’environ 46 % à 50 %. En conséquence, la convergence relative a été beaucoup plus limitée que ne le laisserait supposer le progrès absolu. L’écart d’emploi entre migrants et autochtones dans les pays de l’UE-14 est resté proche de dix points de pourcentage tant en 2015 qu’en 2024. Le fait de tenir compte de l’âge, du sexe et du niveau d’éducation ne réduit cet écart que modérément, ce qui suggère que les caractéristiques observables n’expliquent qu’une partie du désavantage des migrants en matière d’emploi.
Figure 2 Écart d’emploi entre migrants et autochtones en 2015 et 2024 dans les pays de l’UE-14
L’écart global masque un changement de composition
La composition de la population immigrée a considérablement évolué au cours de la décennie. Comme le montre la figure 3, dans les pays de l’UE-14, les migrants nés dans un autre pays de l’UE représentaient 35 % de la population née à l’étranger en 2015. En 2024, cette part était tombée à moins de 28 %. La part des migrants originaires de pays hors UE a donc augmenté en conséquence.
Figure 3 Répartition des migrants par zone d’origine dans les pays de l’UE-14, 2015 et 2024
Cette évolution est importante car les migrants de l’UE et ceux hors UE sont confrontés à des réalités très différentes sur le marché du travail. Les migrants de l’UE ont des taux d’emploi proches de ceux des autochtones. En 2024, leur probabilité d’emploi en Europe n’était inférieure que d’environ deux points de pourcentage à celle des autochtones. Pour les migrants non-UE, l’écart était beaucoup plus important, de l’ordre de onze points de pourcentage. Au niveau de l’UE-14, l’écart d’emploi pour les migrants nés dans l’UE était d’environ trois points de pourcentage en 2015 et est resté globalement inchangé en 2024. Pour les migrants non-UE, l’écart était d’environ 13 points de pourcentage en 2015, mais s’est réduit à moins de 12 points de pourcentage en 2024.
Figure 4 Écarts d’emploi entre immigrants et autochtones dans les pays de l’UE-14, par origine UE et non-UE, 2015 et 2024
Cette distinction modifie l’interprétation de la tendance globale. Les migrants non-UE étant confrontés à des désavantages plus importants en matière d’emploi, leur part croissante aurait, toutes choses égales par ailleurs, creusé l’écart global d’emploi entre migrants et autochtones. Le fait que l’écart global soit resté stable reflète donc une certaine amélioration de la situation relative des migrants non-UE sur le marché du travail.
Un écart global stable peut donc masquer des progrès. Il peut également masquer une hétérogénéité. Le Danemark, la Suède et la Slovénie ont enregistré une réduction de l’écart d’emploi. En Grèce, à Chypre, en Italie et au Portugal, l’écart s’est creusé, principalement parce que l’emploi des autochtones a augmenté de manière particulièrement forte plutôt que parce que l’emploi des migrants s’est effondré. Le contexte national reste essentiel pour comprendre les résultats en matière d’intégration.
La durée de résidence a également son importance. En 2024, les migrants récents étaient confrontés à des écarts d’emploi bien plus importants que les migrants présents dans le pays d’accueil depuis plus de cinq ans. Cela vaut tout particulièrement pour les migrants non-UE récents. Cette tendance s’explique en partie par le temps nécessaire pour acquérir les compétences linguistiques du pays d’accueil, comprendre les marchés du travail locaux et faire valoir ses qualifications. Elle peut également refléter des retours sélectifs ou une migration vers d’autres pays.
Au-delà de l’emploi : l’écart de qualité des emplois
L’emploi n’est qu’une dimension de l’intégration économique. Le type d’emploi occupé par les migrants est également crucial. Les migrants qui occupent des emplois ne mettant pas à profit leurs compétences sont intégrés sur le marché du travail, mais pas nécessairement dans un poste reflétant leur productivité ou leur niveau d’éducation.
En 2024, les immigrants étaient plus concentrés que les autochtones dans les professions de statut inférieur et moins bien rémunérées. À travers l’Europe, les immigrants avaient environ 12 points de pourcentage de plus de chances que les autochtones d’occuper des emplois élémentaires. Ils étaient également moins susceptibles d’exercer dans les trois catégories professionnelles les mieux rémunérées : cadres, professionnels et professionnels associés.
La décennie a apporté une certaine amélioration, comme le montre la figure 5, où nous mesurons la qualité des emplois à l’aide de l’indice socio-économique du statut professionnel (ISEI), qui classe les professions en fonction de leurs niveaux typiques de formation et de rémunération. Cette mesure est normalisée au sein de chaque pays, ce qui permet de comparer les différences entre les marchés du travail nationaux. Dans les pays de l’UE-14, l’écart moyen de statut professionnel entre les migrants et les autochtones n’a que légèrement diminué, passant d’environ 0,42 écart-type en 2015 à 0,40 en 2024. Toutefois, lorsque l’on compare des migrants et des autochtones présentant des profils similaires en termes d’âge, de sexe et de niveau d’éducation, la réduction de l’écart par rapport à la comparaison de référence – inconditionnelle – est plus marquée en 2024 (environ 40 %) qu’en 2015 (environ 30 %). Cela suggère que la répartition professionnelle des migrants s’est améliorée par rapport à celle des autochtones comparables, même si un écart important subsiste.
Figure 5 Écarts de qualité des emplois entre migrants et autochtones (référence et ajustés) dans les pays de l’UE-14, 2015 et 2024
La dimension de la qualité de l’emploi revêt une importance particulière, car les différences de niveau d’éducation n’expliquent qu’une partie de cet écart. De nombreux migrants possèdent des qualifications qui ne sont pas pleinement valorisées sur les marchés du travail des pays d’accueil. Des études antérieures menées en Europe montrent que les migrants hautement qualifiés sont souvent surqualifiés pour leur emploi, ce qui constitue une forme de « gaspillage de cerveaux » qui réduit à la fois les bénéfices individuels de la migration et l’efficacité de l’allocation des compétences (Dalmonte et Frattini 2024).
La persistance des écarts professionnels met en évidence des obstacles qui vont au-delà de l’éducation formelle : la reconnaissance des qualifications étrangères, la maîtrise de la langue du pays d’accueil, l’accès aux professions réglementées, les réseaux d’employeurs, la discrimination et la mobilité professionnelle limitée. Ces obstacles sont susceptibles d’être plus importants pour les migrants originaires de pays hors UE.
Implications politiques
Les données suggèrent que l’intégration des immigrants en Europe n’est ni stagnante ni automatique. Les migrants ont fait des progrès au cours de la dernière décennie. Ils sont plus nombreux, plus éduqués, plus susceptibles d’être employés et moins concentrés dans les emplois élémentaires qu’en 2015. Pourtant, les écarts relatifs avec les autochtones restent importants. Les politiques d’intégration devraient donc être évaluées non seulement en fonction de l’accès des migrants à l’emploi, mais aussi de leur capacité à occuper des emplois qui mettent à profit leurs compétences. Un accès précoce au marché du travail, une formation linguistique, une aide à la recherche d’emploi et un placement sur des marchés du travail dynamiques peuvent améliorer les résultats en matière d’intégration des réfugiés et des migrants (Hasager et al. 2022, Abbiati et al. 2025). Mais le prochain enjeu est la mobilité professionnelle : aider les migrants à passer de leur premier emploi à des emplois de meilleure qualité. Les politiques devraient également tenir compte de l’hétérogénéité. Les migrants de l’UE et hors UE sont confrontés à des contraintes différentes. Les marchés du travail nationaux diffèrent également fortement dans leur capacité à absorber les immigrants dans l’emploi et dans des professions de statut supérieur.
La principale leçon tirée de la dernière décennie est donc celle d’un progrès sans convergence totale. Les marchés du travail européens ont intégré une population d’origine étrangère plus importante, et les migrants ont bénéficié de la croissance de l’emploi et d’une amélioration de leur situation professionnelle. Mais les écarts qui subsistent sont suffisamment importants pour avoir une incidence sur les revenus, la productivité et la mobilité sociale. Si l’on veut que la migration aide l’Europe à répondre aux changements démographiques et aux besoins du marché du travail, la politique d’intégration doit aller au-delà de l’accès à l’emploi et s’attaquer également à la qualité du travail.
Note de la rédaction : Cet article est une traduction automatique. L’original est disponible ici : Immigrant integration in Europe: Progress without full convergence
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Références
Abbiati, G, E Battistin, P Monti and P Pinotti (2025), “Early job mentoring, placement, and training boost refugee integration without high costs”, VoxEU.org, 10 July.
Caselli, F, A Gloe Dizioli and F Toscani (2024), “Macroeconomic implications of the recent surge of immigration to the EU”, VoxEU.org, 14 October.
Dalmonte, A and T Frattini (2024), “Skilled but struggling: The ‘brain waste’ dilemma of migrants in Europe”, VoxEU.org, 13 August.
Frattini, T and A Bouchlaghem (2026), Immigrant Integration in Europe: 10th Migration Observatory Report, CEPR Press.
García Guzmán, P, F Coelli and E Nilsson (2025), “The scale and limits of migration in offsetting population ageing”, VoxEU.org, 5 December.
Hasager, L, G Peri and M Foged (2022), “Language training and placement in strong labour markets promote refugees’ long-run economic integration”, VoxEU.org, 11 December.
Van Herck, K, Á Kiss and A Turrini (2026), “The rise and fall of EU labour shortages: Recent developments and some forward-looking considerations”, VoxEU.org, 26 March.





