Le débat public sur la monnaie numérique de banque centrale (CBDC) destinée au grand public s’est concentré sur toute une série de préoccupations. Certains se concentrent sur le potentiel de concurrence et d’innovation dans le secteur des paiements (Andolfatto 2021). D’autres soulignent les questions de confidentialité, en particulier le risque de surveillance étatique (van Oordt 2025). D’autres encore considèrent la CBDC sous l’angle de la souveraineté monétaire, voire de la souveraineté nationale, dans un monde façonné non seulement par les plateformes technologiques mondiales, mais aussi par l’influence géopolitique des devises et des politiques étrangères (Bindseil et Cipollone 2025, Lane 2025).
Si ces questions sont importantes, elles peuvent occulter un point plus fondamental : les CBDC ne sont pas simplement un outil de paiement numérique supplémentaire. Il s’agit de monnaie émise par l’État, susceptible de remodeler en profondeur les systèmes monétaires en modifiant la manière dont la monnaie est créée et distribuée, et par qui. Dans Niepelt (2026), j’explore cette perspective en passant en revue la littérature sur les CBDC et en discutant de ses implications plus larges.
Monnaie publique
Fondamentalement, la CBDC permet aux ménages et aux entreprises d’accéder directement aux passifs de la banque centrale sous forme numérique. Contrairement aux dépôts bancaires, qui sont des créances privées convertibles en monnaie de banque centrale, la CBDC constitue une monnaie publique à part entière. Si elle était adoptée à grande échelle, elle pourrait remplacer les dépôts et modifier la structure de financement des banques.
La question macroéconomique centrale est de savoir comment un tel changement modifierait les résultats économiques.
La neutralité constitue un critère de référence utile. Un changement dans l’architecture monétaire est neutre s’il ne modifie pas la répartition d’équilibre (y compris les prêts bancaires, les investissements et la production), même si les bilans semblent différents. Dans des conditions assez générales, l’introduction des CBDC peut satisfaire à ce critère. Même si les dépôts sont remplacés, les banques ne perdent pas nécessairement leur capacité à octroyer des crédits, à condition que la banque centrale recycle les fonds levés grâce à l’émission de CBDC vers les banques à des conditions équivalentes à celles des dépôts. Dans ce cas, la composition des passifs bancaires d’ s change, mais l’offre de crédit n’a pas besoin de changer (Brunnermeier et Niepelt 2019).
Ce résultat est solide. Il ne nécessite pas de marchés sans friction et s’applique en équilibre général. Une concurrence limitée, des rigidités de prix, une transformation des échéances, des primes de liquidité, un canal de crédit bancaire, des contraintes réglementaires ou même une fragilité financière sont compatibles avec un changement neutre de l’architecture monétaire.
Non-neutralité fondamentale ou liée à la politique
La non-neutralité survient lorsque la CBDC modifie les fondamentaux économiques.
Dans le secteur non bancaire, la neutralité échoue lorsque les services de liquidité de la CBDC et des dépôts ne sont pas substituables de manière linéaire — un scénario peu plausible — ou lorsqu’ils concernent différentes dimensions de la liquidité ou de la commodité. Dans le secteur bancaire, elle échoue lorsque les dépôts sont « spéciaux », c’est-à-dire lorsqu’ils remplissent des rôles qui vont au-delà de la simple fourniture de fonds et que d’autres sources ne peuvent reproduire. Au niveau systémique, la neutralité peut être rompue lorsque les implications d’équilibre général de la CBDC et des dépôts diffèrent, par exemple parce que les deux instruments génèrent des effets de réseau, des externalités ou des coûts de ressources distincts.
Plutôt que de se concentrer sur ces sources fondamentales et structurelles de non-neutralité, la plupart des publications existantes mettent l’accent sur les sources d’ s liées aux politiques, souvent sans les expliciter. Les effets macroéconomiques ne découlent souvent pas de l’introduction de la CBDC en soi, mais d’hypothèses sur les choix politiques qui l’accompagnent, qui sont considérés comme secondaires mais qui sont en fait décisifs. Parmi les exemples de telles hypothèses, on peut citer celles concernant la rémunération des CBDC, le traitement réglementaire des dépôts bancaires par rapport aux facilités de crédit des banques centrales et la conception du cadre opérationnel de la banque centrale. Si l’on modifie ces hypothèses, les résultats qui semblent démontrer les effets transformateurs des CBDC peuvent s’effondrer jusqu’à atteindre la neutralité.
Le rôle de la conception des politiques est donc central, mais il n’est pas toujours clairement reconnu. Cela a une incidence sur la manière dont le débat est mené. Si les conséquences macroéconomiques des CBDC dépendent principalement des choix politiques standard qui les accompagnent, les arguments en faveur de restrictions sévères — en particulier des limites de détention strictes — sont considérablement affaiblis. Et si certains discours suggèrent que l’introduction des CBDC compromet la stabilité financière, ils doivent faire face à une attribution erronée de la responsabilité : le secteur bancaire est fragile au départ, et l’introduction des CBDC ne doit pas nécessairement, en soi, ajouter à cette fragilité. En fait, dans le cadre d’un changement de régime neutre, la nature et l’étendue de la fragilité restent inchangées.
À cet égard, la monnaie numérique publique diffère considérablement des innovations privées en matière de paiement. Les émetteurs de cryptomonnaies, de stablecoins ou de dépôts tokenisés poursuivent des objectifs indépendants, ce qui signifie que les décideurs politiques ont un contrôle limité sur leur empreinte macroéconomique. En revanche, une CBDC est intégrée dans le bilan et le cadre opérationnel de la banque centrale . Son impact économique est déterminé par des instruments politiques contrôlés par les autorités publiques.
Politique
La neutralité ne doit pas être confondue avec l’irrélevance. Le fait que l’introduction d’une CBDC neutre ne modifie pas la répartition d’équilibre ne signifie pas que la CBDC ne peut pas améliorer (ou aggraver) les résultats ; elle peut le faire lorsqu’elle est associée à des politiques non neutres. En élargissant l’ensemble des équilibres réalisables, la CBDC peut permettre d’obtenir de meilleurs résultats, par exemple lorsque la banque centrale remplace les petits déposants en tant que créanciers bancaires et internalise les externalités de panique bancaire. En ce sens, la neutralité fixe une limite inférieure naturelle au potentiel de la CBDC.
Toutefois, dans le cadre de politiques non neutres, une modification de l’architecture monétaire change la répartition des rentes issues de la création monétaire et la manière dont les risques sont partagés entre le secteur public et les intermédiaires privés. Les décisions relatives à la conception des CBDC, telles que la rémunération et les limites de détention, sont donc intrinsèquement distributives. En convertissant la monnaie privée en monnaie publique et en dissociant le financement des banques de l’apport de liquidités, les CBDC rendent ces conséquences distributives plus visibles et les décideurs politiques plus responsables. Elles renforcent également les enjeux politiques pour les banques, dont les économies de coûts de financement, y compris celles provenant des primes de liquidité dont elles bénéficient, deviennent plus directement liées aux décisions de la banque centrale, ce qui les incite à résister aux CBDC.
Le changement d’architecture monétaire ne doit donc pas être considéré comme une simple amélioration du système de paiement. Il représente une refonte potentielle de la topologie du système bancaire et des relations entre l’État et le secteur financier. Ces questions méritent un large débat. Les banques centrales ont naturellement leur place dans cette discussion, mais elles ne sont pas les seules à pouvoir en déterminer l’issue. Après tout, la question clé n’est pas de savoir si la CBDC modifie la politique monétaire ou affecte la stabilité financière, mais quelle architecture monétaire offre liquidité et commodité à l’économie réelle à un coût social minimal. Il est loin d’être certain que le système actuel y parvienne.
En fin de compte, l’importance macroéconomique de la CBDC est déterminée par les choix politiques, et c’est l’économie politique qui détermine si la CBDC devient un facteur significatif. Pour comprendre la politique de la CBDC, il ne faut pas seulement penser en termes macroéconomiques, mais aussi en termes d’économie politique.
Note de la rédaction : Cet article est une traduction automatique. L’original est disponible ici : Central bank digital currency, the future of money, and politics.
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Références
Andolfatto, D (2021), “Assessing the impact of Central Bank Digital Currency on private banks”, Economic Journal 131: 525-540.
Bindseil, U and P Cipollone (2025), “Central bank electronic cash and monetary sovereignty”, in D Niepelt (ed.), Frontiers of Digital Finance, CEPR Press.
Brunnermeier, M K and D Niepelt (2019), “On the equivalence of private and public money”, Journal of Monetary Economics 106: 27-41.
Lane, P R (2025), “The digital euro: Maintaining the autonomy of the monetary system”, speech at University College Cork Economics Society Conference, Cork, 20 March.
Niepelt, D (2026), “Central bank digital currency and monetary architecture”, CEPR Discussion Paper 21141.
Van Oordt, M R C (2025), “Transforming the digital euro proposal from a threat into an opportunity for privacy”, in D Niepelt (ed.), Frontiers of Digital Finance, CEPR Press.







